Françoise Michel : entre l’obscurité et la lumière
Je la croyais dans l’ombre, là où sont relégués les techniciens du spectacle, ceux et celles que les comédiens ou danseurs saluent au final, et dans cet avant du spectacle, où tout se discute, se défend, âprement parfois, au moment de la création, quand tout se construit, se défait et enfin se cale, pour la première d’un spectacle. Mais elle rectifie.
Françoise Michel
Pour moi, l’ombre est une donnée fondamentale de la lumière. Pas l’une sans l’autre. Si je veux donc me situer, je dirais plutôt que je suis dans l’obscurité et l’effacement.
Si le comédien s’ "expose" sur le plateau, moi je "prends possession" du plateau, mais sans y être.
Tout mon chemin vers la lumière est un chemin d’écriture. Autrement dit un acte de mise en scène.
Josiane Bataillard : Vous dites : "Je prends le plateau"
F.M : Oui, comme on prend le pouvoir, d’une certaine façon. Et pour moi prendre le plateau est comme un acte politique. Quand on met le pied sur un plateau c’est une décision, c’est qu’on a quelque chose à dire. La lumière aussi dit des choses, elle peut détourner le sens du propos par exemple…
Je l’interroge du regard, Françoise Michel poursuit :
Eh bien, je peux décider de mettre un comédien en contre jour, alors que le metteur en scène souhaitera qu’il soit au contraire en pleine lumière. En imposant mon idée jusqu’au bout, j’interviendrai "fortement" sur la mise en scène. …
JB : Quelles relations se nouent entre le metteur en scène et l’éclairagiste ?
FM : Avec Odile Duboc avec laquelle je crée en collaboration depuis 1983, tout se passe en amont. Sur les autres spectacles, j’arrive quand tout est presque fini, et cela me plaît beaucoup, je conclus, je dois rendre le tout lisible, alors que si j’intervenais en premier je pourrais voir mon travail bousculé par les autres créateurs.
JB : Quels types de mises en scène éclairez-vous ?
FM : Des chorégraphies, du théâtre et des opéras ; dans ce dernier cas, c’est plus complexe, différemment intéressant. Des expositions aussi.
JB : Comment rendre compte de votre travail pour que le lecteur s’en fasse une idée plus concrète ?
FM : Certains metteurs en scène ont des demandes précises, d’autres m’accordent plus de liberté, me permettent de suggérer. J’arrive, j’assiste à un filage, (un bout à bout), à partir de cela je réfléchis à l’espace et la qualité de la lumière, plutôt de façon intuitive. J’aime aussi l’enjeu de la page blanche qui me donne le moyen de chercher. Souvent on rencontre le metteur en scène ou le chorégraphe un peu avant pour que l’imagination soit sollicitée et nourrisse l’inspiration.